Dieu m’appelle toujours plus à être, plus qu’à faire

Laure Bronnec

Dieu m’appelle toujours plus à être, plus qu’à faire.

Je suis née en Loire-Atlantique dans une famille très unie, attentive aux autres, avec un père éducateur, une mère institutrice et deux grandes sœurs. La foi familiale a été ravivée quand mes sœurs ont découvert un Foyer de charité. Lors d’une retraite en famille, alors que j’avais 11-12 ans, j’ai vécu une redécouverte de Jésus, une invitation à vivre avec lui dans le quotidien. Puis notre père a reçu l’appel au diaconat permanent, et cette aventure familiale nous a marqués. J’avais 15 ans au moment de son ordination. Cela a occasionné des moments cocasses avec mes amis non chrétiens. Comme le jour où ils ont aperçu l’aube de papa séchant au soleil, et que l’un a dit que mon père était comme un « demi-curé ».

Puis j’ai été invitée à participer, comme bénévole, aux JMJ de Paris en 1997. Ce fut un tournant : ou je prenais la main de Dieu ou j’allais décrocher. J’ai vécu à ce moment-là une expérience très forte avec un pauvre. Chaque soir, nous distribuions les rations de nourriture supplémentaires aux SDF. En servant un repas à un homme, sans même lui parler, j’ai ressenti une joie, très forte, une plénitude. La parole « je suis la servante du Seigneur » a retenti en moi. Je réaliserai, plus tard, avoir rencontré Jésus lui-même en cette personne inconnue faisant écho à ce verset de la Bible : « Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites » (Mt 25,40).

J’ai vécu une expérience très forte avec un pauvre.

Une question nouvelle est apparue : Est-ce que Dieu m’appelle ? Quel projet a-t-il pour moi ? Je suis partie pour un service de volontariat européen en Italie dans un projet d’éducation à la paix. Là-bas, j’ai rencontré un jeune homme italien, très pratiquant, nous avions des projets d’engagement. Au retour, nous avons fait étape à Taizé. J’ai senti une perturbation intérieure, un grand doute. Il me fallait faire une pause dans cette relation amoureuse. Cette décision m’a procuré une grande liberté. J’ai commencé à écouter Dieu, qui me parlait déjà depuis longtemps. Il m’a dit avoir un projet immense pour moi : « Moi seul peux te combler en plénitude, fais-moi confiance. »

Pendant ce séjour à Taizé, alors que des enfants passaient devant moi, Dieu m’a dit : « Rêves-tu d’une grande famille ? Je te donne tous les enfants. » Or, à ce moment de ma vie, je m’imaginais mère d’une famille nombreuse, pas du tout consacrée. Ce fut le début d’un chemin un peu plus radical. De retour à Nantes, alors que nous participions à un grand rassemblement dans le diocèse, ma mère a entendu le témoignage d’une focolarine. Et elle m’a dit : « Va voir les foco-machins, c’est très beau ce qu’ils disent. »

C’est ainsi que j’ai commencé à fréquenter le focolare de Nantes. Je pleurais d’émotion tellement j’y percevais la présence de Dieu parmi nous. J’étais touchée d’entendre les focolarines raconter ce que Dieu avait fait dans leur vie. Je sentais que là était ma famille, mais je ne disais rien. J’allais au focolare chaque lundi, je fréquentais les Gen, puis la « pré-école » à Paris. Je lâchais prise petit à petit à ce que Dieu me demandait. Je m’étais imaginée qu’il me fallait devenir une super-chrétienne, que je change beaucoup de choses à ma personnalité. Mais Dieu me prenait telle quelle. Il fallait juste que je sois libre, moi-même.

Entre 2006 et 2008, je suis partie à Loppiano suivre la formation des focolarines. Mon cœur s’est élargi sur le monde. À la maison, nous étions 16 de 9 pays différents.

Après la formation, j’espérais partir hors d’Europe et on m’a envoyé… en Suisse. Ce fut pourtant un grand cadeau. J’ai suivi une petite formation de secrétariat et travaillé pour une paroisse durant cinq ans. Ensuite, j’ai pu obtenir un travail davantage dans mon profil, comme coordinatrice de projets interreligieux à Genève. C’était comme si Dieu me redonnait ma profession : construire des ponts entre communautés.

Je me sens bien petite devant les défis rencontrés au quotidien par les Jordaniens.

Gardant le souvenir d’un séjour en Égypte vécu jeune, l’idée de partir au loin me titillait toujours. En 2018, après dix ans en Suisse, j’ai dit à mes responsables que j’étais prête à partir dans un lieu de dialogue, pourquoi pas au Moyen-Orient ou en Asie. Le jour de mes 40 ans, on m’a signalé que le Mouvement cherchait quelqu’un
pour rejoindre le focolare d’Amman, en Jordanie. Génial ! Humainement, c’est absurde de quitter un bon travail bien payé, qui fait vivre le partage. Mais c’était un appel de Dieu. J’avais appris à ne pas chercher ce qui est logique, rentable, efficace, mais à dire oui à Dieu. C’est en toute liberté, même avec un grand détachement, malgré le déchirement de la séparation, que j’ai dit au revoir à mes amis, à la communauté, aux jeunes que j’accompagnais.

À mon arrivée à Amman en janvier 2019, le focolare abritait une Jordanienne, une Irakienne, une Italienne et deux Philippines. Actuellement, nous sommes sept, notre communauté étant également le centre de coordination pour tout le Moyen-Orient. Après une année pour apprendre la langue arabe, on m’a confié les adolescents et
les jeunes. Depuis septembre 2020, j’enseigne au lycée français d’Amman. Je découvre le sens de l’accueil, de la famille et de l’hospitalité de ce peuple. Je m’y suis tout de suite sentie entourée, invitée.

Je suis touchée par la résilience et l’abandon à la volonté de Dieu de cette société majoritairement musulmane. Je me sens bien petite devant les défis rencontrés au quotidien par les Jordaniens. La Jordanie accueille toujours des millions de réfugiés syriens et irakiens.

Je sens que Dieu m’appelle toujours plus à être, plus qu’à faire. Ne rien vouloir résoudre par mes forces, mais vivre avec, accueillir chaque personne rencontrée de tout mon cœur, me laisser toucher par elle, porter avec elle ses joies et ses douleurs. Essayer de l’aimer comme le ferait Jésus. Et quand cet amour devient réciproque, s’ouvre alors un espace de communion, d’unité qui nous apporte joie, lumière et force sur le chemin… On expérimente alors la présence de Dieu parmi nous, et Lui agit !

Laure BRONNEC

redaction@nouvellecite.fr

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