Des Lyonnais ouvrent leur porte aux chrétiens d’Orient

    Nous reproduisons ici un article sur l’accueil de familles irakiennes à Lyon par la communauté des Focolari, en particulier la famille Chapelle, paru dans Le Figaro du samedi 16 mai 2015 avec l’aimable autorisation de la journaliste Cerise Rochet.

Accueillant ces victimes de la persécution de l’État islamique en Irak, ils les aident à s’insérer en France.

ASILE

    Une chambre de libre dans leur logement. Une envie, un besoin même, d’apporter leur aide. Un élan de spontanéité. Voilà ce qui a conduit Marie-Thérèse et François, couple de retraités lyonnais, à accueillir chez eux une famille de réfugiés chrétiens irakiens, rescapés du joug de l’État islamique. Durant trois mois, ils ont accepté de leur faire une place. De partager avec eux tout ce qu’ils avaient. De les aider dans toutes leurs démarches. De leur permettre de démarrer une nouvelle vie, en sécurité. Durant trois mois, ils ont accepté de leur faire une place. De partager avec eux tout ce qu’ils avaient. Quelque temps avant Noël, c’est en discutant avec des amis du mouvement chrétien des Focolari, auquel ils appartiennent, que François et Marie-Thérèse vont être mis au courant de la situation. La jeune Claire, également membre du mouvement, est réfugiée politique irakienne, et installée à Lyon depuis 6 ans. Depuis l’annonce de François Hollande, quelques mois plus tôt, de l’établissement d’un véritable « pont humanitaire » pour les chrétiens persécutés cherchant asile en France, elle se bat pour y faire venir les membres de sa famille, qui tentent d’échapper aux griffes des djihadistes dans le nord de l’Irak. Deux de ses frères, avec leurs femmes et leurs enfants, ont ainsi déjà pu trouver refuge chez elle. Un autre est sur le point d’arriver lui aussi, avec sa famille. « Nous avons pris contact avec Claire, et nous sommes allés passer la veillée de Noël chez elle. Ils vivaient à 13, dans son tout petit appartement. D’autres familles devaient arriver prochainement. En rentrant à la maison, j’ai dit à mon mari qu’il fallait que nous fassions quelque chose », explique tranquillement Marie-Thérèse.

UNE DÉTERMINATION PAYANTE

    Très vite, la machine se met en marche. Le couple de retraités installe Ayad et trois de leurs quatre enfants chez eux… Et se mettent également en quête d’autres logements, pour les autres familles, déjà là ou sur le point d’arriver. La solidarité va alors se mettre en place au sein du mouvement des Focolari lyonnais. Suivant l’exemple du couple, d’autres personnes décident en effet d’héberger des familles chez elles. Ceux qui n’hébergent pas aident malgré tout, comme ils le peuvent. Parallèlement, François, qui ne veut pas en rester là, se tourne vers le diocèse de Lyon, jumelé avec celui de Mossoul, et la fondation Saint-Irénée qui soutient ses projets : « Nous avons pris contact avec la fondation, en leur faisant part de la situation pour obtenir un soutien financier. Nous savions que personne ne pourrait héberger ces familles indé- finiment, il fallait donc que l’on puisse leur trouver de vrais logements, pour qu’elles puissent également prendre leur indé- pendance, et retrouver des vies normales », raconte-t-il. La fondation accepte d’apporter son aide, à condition que tout soit clair et précis. Quel montant, pour qui, pour quoi, pour combien de temps ? François enfile alors la veste de l’expert-comptable, et établit un budget pour chaque famille, pour six mois… Avant d’enfiler celle du négociateur immobilier, afin de convaincre les agences de location de bien vouloir leur faire confiance. Sa détermination finit par payer. Des appartements sont trouvés, et, aussitôt, on procède aux emménagements.

« DAECH NOUS A TOUT PRIS »

    Trois mois après avoir posé leurs valises chez le couple de retraités, Ayad et sa famille s’installent ainsi dans leur propre logement, à Villeurbanne. « C’est vrai que c’est petit. Mais pour les autres, ceux qui sont encore en Irak, c’est tellement pire », disent-ils parfois, coincés entre le soulagement d’être en vie et en sécurité, et l’inquiétude pour leurs proches, toujours en danger. Originaires de Qaraqosh, à quelques kilomètres de Mossoul, Ayad, Aayad, et leurs quatre enfants âgés de 7 à 18 ans n’auront eu que cinq minutes pour rassembler quelques affaires et fuir à bord de leur voiture, alors que l’État islamique était sur le point de s’emparer de leur ville. C’était le 6 août dernier. « Nous pensions trouver refuge à Erbil, mais nous n’avons pas pu rester. Toutes les populations de toutes les villes chrétiennes d’Irak déjà tombées aux mains de Daech étaient regroupées ici. Tous les refuges étaient pleins, les gens dormaient dans la rue. Nous avons passé une nuit dans une maison, avec 60 autres personnes. Daech nous a tout pris. Toute notre vie », expliquent tour à tour le père et la mère. En France depuis près de 6 mois, la famille tente de se reconstruire. Leur demande d’asile est en cours. Les enfants vont à l’école. Ayad vient de trouver du travail dans le bâtiment. Tous font de gros progrès en français. Le fils, Azeez, sourit à l’idée qu’il pourrait prochainement rejouer au basket. Marie-Thérèse et François, eux, n’en ont pas encore fini. Partis dans cette aventure sans savoir ce qui les attendait, ils sont aujourd’hui régulièrement sollicités par d’autres personnes qui vivent la même situation, et qui ont besoin d’aide ou de conseils. Bien sûr, ils continuent également d’apporter leur soutien à Ayad et les siens. Mais ce n’est plus tout à fait la même chose. « Ils sont devenus nos amis. Ils pourraient être nos enfants », souffle Marie-Thérèse.

Cerise ROCHET

cerise.assadirochet@gmail.com

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