Consentir à la vie

Consentir à la vie

Prêtre et animateur de sessions de jeûne et méditation au succès grandissant, Jean-Luc Souveton est un observateur avisé de la quête qui anime les nouveaux chercheurs spirituels. Il donne des clés sur ce qui régénère en profondeur l’être humain, une façon de “consentir à la vie”.

NOUVELLE CITÉ : Qu’est-ce qui motive les personnes à se ressourcer ?

Jean-Luc SOUVETON : Une soif de l’essentiel surtout. De plus en plus de personnes comprennent que la consommation, l’avidité ne nourrit pas leur vie. Parfois, ils savent le dire mais parfois non. « Le travail, la vie de famille, c’est bien mais j’ai besoin de plus. » Derrière ces insatisfactions, il faut entendre les aspirations, la nécessité de se mettre à l’écoute de ce qui veut vivre en eux, de ce qui a faim, a soif, a besoin d’être entendu, nourri. D’autant plus que l’accélération des rythmes de vie nous laisse peu de temps libre ! Cette quête peut être présente aussi chez des croyants pratiquants. Nous en connaissons tous qui ont une vie religieuse mais pas spirituelle. Ils sont pris dans des pratiques mais n’entretiennent pas de relation personnelle, intime avec le Christ, le divin. La sève qui nourrit leur vie intérieure s’est asséchée.

N. C. : Quels freins nous retiennent de creuser en nous, faire silence, nous arrêter ?

J-L. S. : Cela peut venir du devoir de remplir notre temps, de la peur de nous ennuyer, d’être face à nous même, du sentiment de malaise face à un vide. À l’inverse, la démarche peut être motivée par le besoin de s’alléger. Je me souviens d’un jeûneur écœuré par ce trop-plein qui disait : « J’ai une vie trop remplie, je suis gavé de rencontres, de relations, de travail. J’ai besoin de digérer tout ça. »
L’expérience consiste à se mettre en condition pour écouter les agitations de son cœur et de sa tête. Les écouter passer. Et cela prend du temps pour que le tout décante, se clarifie ! Nous devons passer par l’épreuve du temps, de la durée ; du silence extérieur bien sûr mais aussi de l’échange avec les autres.

N. C. : Mais peut-on vraiment se reposer en présence de l’autre ?

J-L. S. : Lors des sessions de méditation ou de jeûne, j’ai vu la fraternité se construire petit à petit au sein du groupe. Elle se manifeste quand c’est le plus difficile, quand on expose sa vulnérabilité, et que l’on reçoit en retour la reconnaissance des autres. On n’a plus besoin d’être dans le paraître, de porter un masque, de jouer un personnage. Être accueilli sans jugement, exister comme on est face aux autres, avec ce qui est tordu en soi, sa part d’ombre, être en paix avec soi-même, vrai, authentique, c’est cela le vrai repos ! Quand cela devint impossible dans sa vie, alors tout explose, on tombe dans la dépression, terme opposé à celui de l’expression.
Il est important d’avoir des lieux où s’ouvrir à des choses nécessaires, intimes que l’on ne peut pas dire ailleurs. Des lieux sans relation hiérarchique avec des règles de confidentialité où la parole peut être totalement libre. Et tous les lieux ne sont pas faits pour cela ! Au travail, en public, sur les réseaux sociaux… Dans un groupe d’appartenance aussi, cela peut devenir compliqué lorsque l’on traverse une crise de foi, existentielle ou spirituelle (car on ne peut pas être totalement transparent). Au sein du couple, de la famille, c’est là que le chemin dans la durée est le plus difficile.

N. C. : Quelle autre condition est nécessaire pour un vrai ressourcement ?

J-L. S. : La gratuité ! Si je marche avec la volonté de performance (gravir un col par exemple), je ne serai pas dans ce renouvellement de la vie en moi. Essayez de marcher pour marcher, pour admirer, s’émerveiller sans but, objectif, devoir faire, c’est bien différent. Les meilleures des choses comme la prière ou l’expérience de la pleine conscience peuvent être perverties, instrumentalisées, en vue d’obtenir quelque chose pour être bien… L’idée est d’apprendre à ne rien faire, et laisser faire, prendre conscience de ce qui se fait en moi quand je ne fais rien. Et cela passe par le corps.
Imaginons que l’on s’installe sur un sac rempli de marrons. Si on accepte ce contact malgré l’inconfort, tout va s’ouvrir et le corps va se relâcher petit à petit. Il s’agit de rester dans une attente confiante, ce qu’on appelle le consentement confiant : est-ce que je m’ouvre ou est-ce que je résiste ? Il existe deux manières de bloquer ce processus. La première se manifeste ainsi : je ne veux pas, j’ai peur, je me crispe, il n’est plus possible de rester assis sur le sac. Par la suite, je pourrai réapprendre à mon corps à trouver ce chemin d’acceptation. La deuxième se trouve dans la volonté d’obtenir à tout prix un résultat pour lâcher plus vite, et ça ne marche pas, la résistance se manifestant ailleurs. L’idée forte est de consentir à la vie.

N. C. : La Parole de Dieu peut être aussi un bon écho de la vie intérieure ?

J-L. S. : Pour moi qui suis prêtre, être à l’écoute de cette vie en moi se joue beaucoup dans la lecture des textes de l’Écriture, de la liturgie, des psaumes. Lors des sessions de jeûne, je lis les lectures du jour, et j’invite les participants à se poser ces questions : Comment ce texte me parle ? Me touche-t-il ? Où vient-il me chercher ? M’agacer ? M’apporte-t-il de la paix ? La réponse à ces questions me révélera des choses importantes. La Parole met en lumière ce que je ne veux pas voir, entendre, elle me conduit à ce qui veut vivre en moi ou ne vit plus. « Il faut que je réécoute mon cœur, que j’accepte d’être dans une relation plus chaleureuse », partageait un homme suite à l’écoute d’un passage de l’Évangile.

Propos recueillis par Émilie TÉVANÉ
redaction@nouvellecite.fr

 

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(*) Animateur de sessions de jeûne, méditation, marches spirituelles, Jean-Luc SOUVETON est prêtre du diocèse de Saint-Étienne, délégué diocésain au développement personnel et spiritualités hors frontières, membre du GERPSE (Groupe d’étude sur les recherches et les pratiques spirituelles émergentes) et de l’Observatoire des Nouvelles Croyances.

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