« C’est l’espérance dans le Dieu vivant qui a changé ma vie »

Charly et Marie-Claire Mante

Je suis né à Laon (Aisne) à la fin de la Seconde Guerre. Je suis le deuxième d’une famille de sept enfants et j’ai reçu une éducation assez stricte inspirée des principes du scoutisme. Nous avons habité en bord de mer, et avions une grande liberté pour parcourir les plages désertes l’hiver, entre Carnon et Palavas, et apprécier la beauté de la nature. Nous avons gardé ce contact avec la mer lors d’une nomination de mon père en Corse et j’ai eu la chance de découvrir cette région magnifique, en particulier avec les scouts marins. Mais profiter des amis, des randonnées, des sorties en bateau au détriment des études se solda par un échec à la deuxième partie du bac.

Revenu sur le continent pour repasser le bac, j’ai eu un grave accident de voiture qui m’a bloqué pendant trois mois. Dans l’ambulance qui m’amenait aux urgences, je priais Marie qui était comme ma maman du ciel. J’ai remercié le Seigneur qui me laissait encore du temps pour faire quelque chose de ma vie. Peu avant, j’avais rencontré Marie-Claire dont la joie de vivre m’avait marqué, malgré l’exil forcé de son pays natal, l’Algérie.

Je me suis inscrit à la faculté de médecine de Montpellier mais en raison des séquelles de l’accident, je n’ai pu terminer et valider la première année. Je me suis alors orienté vers la kinésithérapie, ayant récupéré et étant plus motivé par un enseignement pratique.

Une période importante

C’est lors des événements de Mai 68, durant les assemblées générales étudiantes à Montpellier, que j’ai eu mes premiers contacts avec des personnes des Focolari, puis avec la communauté
de Toulouse. Elles avaient une façon bizarre de vouloir changer la société et le monde en se changeant d’abord elles-mêmes, en respectant et en aimant l’autre et en se manifestant un amour
réciproque contagieux. Il s’agissait pour elles de faire une révolution non-violente animée par l’amour de tous et l’amour de Dieu. J’ai eu très envie d’accepter l’invitation à leur rencontre d’été à Rodez. Ce fut une expérience forte, en effet, je voyais des personnes de toutes origines sociales, de plusieurs pays, certaines de religions différentes, toutes générations confondues, vivant en harmonie et dans la joie. J’ai compris comme dans une révélation que la personne de Jésus était la source de cette unité. Le thème de la Mariapolis était « Être plus », non pour satisfaire un ego démesuré, mais pour acquérir les capacités de mieux aimer et mieux servir Dieu dans le prochain. Ayant mieux compris cela, Jean et moi avons décidé de nous inscrire à la faculté de médecine à la rentrée universitaire suivante.

C’est aussi lors de cette rencontre d’été que mon amie Marie-Claire dont j’étais séparé est venue me retrouver à Rodez. Nous n’avons pas vécu le séjour ensemble mais chacun de nous a vécu une expérience forte de communion fraternelle. Au moment du départ, nous avons décidé de reprendre notre relation sur de nouvelles bases, en étant plus attentifs à la volonté de Dieu sur chacun de nous et nos prochains.

Nous avons cheminé et appris à mieux nous connaître pendant deux ans. Nous participions avec nos amis à des rencontres du Mouvement mais la grande question qui nous préoccupait était notre disparité de religion, Marie-Claire étant juive d’Algérie et moi catholique du sud de la France. Est-ce que notre amour serait assez fort pour surmonter nos différences d’origine culturelle et religieuse ? Un ami prêtre, Marino, nous a dit combien l’amour de Dieu pour chacun de nous était immense, et qu’il suffisait de trouver cet amour de Dieu en l’autre pour vivre dans la confiance. Cette explication fut lumineuse et leva mes réticences pour fonder une union durable. Notre mariage fut une fête mémorable !

À la rentrée scolaire, Marie-Claire a rejoint son nouveau poste d’institutrice dans le Gard tandis que je continuais mes études de médecine tout en exerçant une activité de kinésithérapeute à l’hôpital de Nîmes. Et j’ai eu cette fois la chance d’aller d’une traite sans échec jusqu’à la thèse. Nommé médecin hospitalier dans un service de neurophysiologie et réflexothérapie, j’ai exercé simultanément en cabinet médical libéral. La spiritualité de Chiara m’a beaucoup aidé face au problème du mal et de la douleur. À la fin de mes études, j’avais certes acquis beaucoup de connaissances mais je n’arrivais toujours pas à répondre à certaines questions, notamment sur les mystères de la vie et de la mort.

Un couple interreligieux

Nous avons quatre enfants et la joie d’avoir quatre petits-enfants. Nous avons toujours considéré que nos différences de religion devaient être une source d’enrichissement, d’ouverture au dialogue et de tolérance pour eux. Nous fêtons en famille les grandes fêtes juives et chrétiennes : Noël, Pâques, la Pentecôte, le Grand Pardon et Pessah, la Pâque juive. Ce dialogue d’ouverture à l’autre invite à un amour universel. Et nous sommes heureux que nos enfants se soient orientés vers des professions à caractère social. Jeunes mariés, nous avons participé à des cours d’alphabétisation pour les travailleurs agricoles saisonniers musulmans venant pour la plupart du Maghreb. Nous étions dans un espace de dialogue rassemblant les trois grandes religions. En fin d’année, les cours se terminaient en réunissant les familles autour d’un grand méchoui.

Je participe avec bonheur aux rencontres de volontaires. Depuis la retraite, je suis investi dans la vie associative. Je milite au sein du Mouvement du NID en assistant les personnes en état de prostitution notamment. J’ai aussi assuré des consultations médicales au dispensaire du Secours catholique. Dans ma paroisse, je continue à participer à l’Équipe d’animation pastorale.

J’ai reçu de Chiara Lubich la parole de vie suivante : « Nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant » (1 Ti, 4-10). Depuis que j’ai découvert cet idéal, c’est bien l’espérance dans le Dieu vivant qui a changé ma vie et me fait croire que je peux participer à l’avènement d’un monde uni par la fraternité universelle. Cette parole à la première personne du pluriel me fait penser que Marie-Claire fait partie du « nous », avec toute la famille des Focolari.

Charly MANTE

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