« C’est en s’engageant que l’Église sera plus belle »

Mgr Marc Beaumont

»INSTALLÉ ÉVÊQUE DE MOULINS lors de son ordination en la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation le 16 mai dernier, Marc Beaumont évoque la place de la spiritualité des Focolari dans sa vie, la vision de son ministère, les défis de l’Église, ses racines familiales. Des paroles ancrées et incarnées. « C’est en s’engageant que l’Église sera plus belle »

NOUVELLE CITÉ : Quelle place occupe la spiritualité focolari dans votre vie de prêtre ?
Marc BEAUMONT : J’ai découvert les Focolari quand j’étais séminariste à Lille, grâce à Jacques Cramet. Il y avait un groupe Parole de Vie. Puis j’ai assisté à un concert du Gen Rosso à Lille. Participant à un congrès de séminaristes à Rome, j’ai été marqué par le caractère concret de cette spiritualité, notamment avec la présentation de la vie des couleurs. À propos du « bleu », un prêtre racontait comment il essayait chaque matin de bien se raser par amour pour les personnes qui
croiseraient son chemin. J’ai compris que la vie quotidienne avait du sens seulement si elle était vécue par amour pour l’autre, que ce n’était pas une course.

Je suis habité par la spiritualité. Elle m’a formé dans l’art d’aimer concrètement l’autre dans l’instant présent, elle a nourri mon désir de vivre l’Évangile de cette manière. C’est bien plus qu’une belle idée, et c’est novateur !

Au séminaire, mes premières années ne furent pas toujours faciles. J’ai même voulu laisser tomber car l’Église que je voyais où l’Évangile était peu vécu ne correspondait pas à celle pour qui je voulais donner ma vie. J’étais très déçu.Malgré tout, on m’a poussé à creuser.

L’on m’a proposé d’aller passer quinze jours à l’école internationale des séminaristes à Loppiano en Italie. J’y suis resté une année entière. Là-bas, j’ai appris qu’il ne fallait pas attendre que l’Église soit belle pour s’engager mais que c’est en s’engageant qu’elle serait plus belle. Cela m’a aidé à faire un vrai choix, celui de la prêtrise. J’avais peut-être idéalisé l’Église.

N. C. : Que vivez-vous avec les autres prêtres engagés dans le Mouvement ?
M. B. : Les focolari offrent l’expérience d’un laboratoire, d’un lieu où l’on expérimente la vie fraternelle, pour aller la vivre ailleurs. Nous pouvons dire au frère ce qu’il aurait pu faire autrement afin d’être plus cohérent et accepter en retour la remise en question. Ce n’est pas un espace où l’on se retire du monde mais une dynamique faite d’exigence, de remise en cause en vérité dans la charité et la simplicité.

N. C. : Quel est l’apport particulier d’un prêtre focolari dans son action pastorale ? Et qu’est-ce qu’apporte la présence de prêtres diocésains au Mouvement ?

M. B. : L’art d’aimer de façon concrète, c’est-à-dire aller à la rencontre des gens en aimant en premier. Notre désir d’unité et de fraternité universelle, nous ne voulons pas le vivre uniquement avec les personnes que nous trouvons sympathiques mais avec celles qui sont en difficulté ou en marge.

En échange, la sagesse de l’Église et son patrimoine peuvent être une richesse pour les focolari, pour la vie de ses communautés. Je pense à ce qu’a dit le Pape lors de l’Assemblée générale sur la liberté de conscience et sur l’accompagnement spirituel. On peut être pris entre le désir de faire vivre le Mouvement et celui de servir plus largement l’Église.

N. C. : Qu’avez-vous ressenti lors de votre ordination ?
M. B. : Le moment le plus fort pour moi fut le dialogue d’engagement avec Mgr Kalist (archevêque de Clermont, principal consécrateur). Le fait de dire que je m’engage « jusqu’à la mort » et de recevoir l’anneau, ce n’est pas rien ! J’ai vécu ce temps intense de relation avec l’évêque, dans ma bulle. Je suis incapable de me souvenir
de ce que j’ai ressenti lorsque l’on a apporté les différents attributs épiscopaux (l’anneau, la crosse, la mitre). Cette ordination fut comme un rite initiatique. Avant, j’étais nommé évêque, j’allais le devenir et je n’avais pas vu le document signé par le Pape. Maintenant, ça y est, je suisévêque. Il reste à le vivre !

N. C. : Comment voyez-vous votre nouvelle mission d’évêque ?
M. B. : Mon ancien évêque à Cambrai, Mgr François Garnier, disait qu’il était à la fois arbitre (celui qui doit dire « stop »), et entraîneur (celui qui encourage, organise l’équipe). Deux rôles dans lesquels je me retrouve bien. La première des qualités pour réussir dans cette charge est l’écoute, celle qui permet d’établir de bonnes relations. C’est valable déjà avec mes collaborateurs. Nous devons travailler en confiance. La cohésion est nécessaire et, en même temps, il me faut pouvoir dire non. Je dois avoir de la bienveillance et savoir trancher dans certains cas.

Étudiant les nouvelles orientations établies par le Mouvement, je retiens la question de la synodalité et de la gouvernance. Aujourd’hui, c’est un sujet incontournable et important, aussi bien dans la vie de l’Église que dans celle du Mouvement, à tous les échelons.

Je vois trois défis à relever : les jeunes, les pauvres et les familles.

Un autre sujet d’envergure est la façon de se comporter entre évêque, prêtres et laïcs. Il y a quelque chose de nouveau à trouver, dans le fait de respecter la liberté de chacun.

N. C. : Quels grands défis voyez-vous pour le diocèse de Moulins et l’Église de France ?
M. B. : Dans mon diocèse, je devrai veiller à la bonne articulation entre les trois principales villes (Moulins, Vichy et Montluçon) et les zones rurales. Je suis dans un esprit de découverte. J’ai été marqué par la tradition de l’Action catholique : voir, juger, agir.

Je dois aussi apprendre le métier d’évêque. Au niveau national, je vois trois défis à relever : les jeunes, les pauvres et les familles. Je pense ici à toutes les pauvretés, et le Covid en a révélé des nouvelles, matérielles mais aussi relationnelles. Nous vivons dans une morosité ambiante, un pessimisme faute d’avoir des garanties sur
l’avenir sanitaire, économique, social, politique. Si l’on est convaincu de l’amour de Dieu et habité par l’espérance, alors on part plus heureux et joyeux. D’où ma devise : « L’espérance ne déçoit pas » (Rm 5,5).

N. C. : De quels famille et milieu culturel venez-vous ?
M. B. : J’ai été façonné par ma famille, dans laquelle la foi était présente, normale. Même si rater la messe en période de moisson n’était pas grave. Notre petite ferme familiale était située en face de l’église, le curé venait souvent discuter à la maison, et repartait avec du lait, des oeufs ou du beurre ! Voir un prêtre était naturel
pour moi. Je passais mes vacances à aider mes parents à la ferme avec mes frères. À 15-16 ans, j’étais conscient des difficultés, j’avais des responsabilités. Quand je transportais des kilos de grain équivalents à un mois de salaire, je n’avais pas intérêt à renverser la remorque ! Il me fallait me débrouiller avec le tracteur, résoudre les problèmes, m’adapter avec des bouts de ficelle. Cela fut très formateur.

Plus tard, j’ai suivi une formation en génie électrique. Je suis entré dans le domaine de la communication par la porte technique, via le site du diocèse de Cambrai.

N. C. : Qu’est-ce qui vous repose, vous ressource ?
M. B. : Vivre avec la nature. Pour me détendre, j’allais tondre autour du presbytère. Sur un tracteur, j’aime aller au bout du potentiel de la mécanique mais sans forcer les choses. Lors des semis, il faut mettre la bonne qualité d’engrais mais pas trop. Comme pasteur, je veux aider les gens, les pousser à aller plus loin tout en respectant leur liberté.

Propos recueillis par Émilie TEVANE et Philippe CLANCHÉ

Le mode d’emploi de Mgr Marc

UN GROUPE DE CAMBRAI composé du père Emmanuel Canart, Marie Bernadette De Coninck, d’anciens membres du conseil épiscopal, de Marité, Marie-Thérèse et
du père Jean-Marie ont donné un juste et joyeux portrait de Marc Beaumont lors de son ordination. En voici des extraits.

La Croix du Nord le présente comme Mac Gyver, Géo Trouvetou et la force tranquille. Il faut savoir aussi qu’il est un Cht’i, 100% made in Cambrai. Pas exactement puisqu’il faut ajouter un 50 % Focolari. Il est donc 150 % bien formé ! Mais fondamentalement, c’est un homme du Nord. Alors, ne vous étonnez pas s’il ne parle que quand il a quelque chose à dire. Pas de mot inutile dans sa bouche, pas de phrase surnuméraire dans ses mails. L’essentiel est dit en peu de mots et surtout en quelques regards. Sa simplicité, son humilité, sa convivialité et sa vivacité d’esprit vous surprendront peut-être. N’attendez pas de lui qu’il promeuve des grandes stratégies pastorales complexes. Aux grandes théories, il préférera le pragmatisme. Pour bien le comprendre, n’oubliez pas ses racines rurales ! En homme de la terre,
il sait qu’il va récolter ce que d’autres ont semé avant lui et qu’il sèmera avec vous ce que d’autres récolteront plus tard. Il connaît les lois de la nature qui lui ont enseigné la patience et l’écoute. Il croit davantage en la fécondité qu’en l’efficacité. Il sait aussi qu’il faut sans cesse avec humilité et courage remettre son cœur à l’ouvrage. Son jugement sûr et sa lucidité n’éteignent pas en lui la Miséricorde. Car, il en est sûr, « l’espérance ne déçoit pas ».

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