Au-delà du rideau de fer

Au-delà du rideau de fer

L’UNITÉ SE RENFORCE PARMI LES RELIGIEUX ET ENTRE FAMILLES RELIGIEUSES malgré l’interdiction d’entretenir des liens avec le Mouvement. Les années 1960 sont marquées par la rencontre en Allemagne de religieuses luthériennes puis de l’Église anglicane. Et surtout par l’arrivée discrète des Focolari en RDA et dans le bloc soviétique. Au-delà du rideau de fer.

En 1960, l’avis de la Conférence épiscopale italienne arrive enfin. Elle ne condamne pas définitivement le mouvement des Focolari mais interdit aux prêtres diocésains d’avoir des rapports
avec lui. La tension réside dans la perception du rôle jugé trop important des laïcs et du rôle subordonné des prêtres et religieux dans le Mouvement.

Cette décision a aussi des répercussions indirectes sur quelques instituts religieux dont les supérieurs demandent à leurs propres membres de s’éloigner de l’OEuvre de Marie. Un groupe de religieux, avec l’accord de leurs supérieurs respectifs, restent cependant en contact avec le Mouvement, pour le service sacerdotal.

La difficulté de maintenir les contacts avec les focolarines et les focolarini est l’occasion, pour de nombreux religieux, d’un rapport plus profond entre eux. L’enjeu est de susciter ensuite une plus grande unité à l’intérieur de leur famille religieuse. Chacun est donc invité à vivre avec fidélité ses propres voeux et sa propre règle. Une intercommunion plus visible est en train de naître entre les membres de divers instituts qui se mettent au service les uns des autres.

En 1960, une rencontre a lieu à Berlin-Ouest. Chiara parle de Jésus abandonné devant environ 200 personnes habitant derrière le rideau de fer et qui ont pu passer le mur pour cette semaine de Mariapolis. Sont présents de célèbres exégètes et un oratorien qu’Aldo Stedile (surnommé Fons), un des premiers focolarini, a rencontré trois ans auparavant et qui a été très touché par l’Idéal. Encouragée par l’évêque de la ville, le cardinal Döpfner, Chiara annonce bientôt le projet d’y ouvrir un focolare.

 L’oecuménisme en route

En janvier 1961, à Darmstadt (Allemagne), Chiara rencontre des religieuses luthériennes dont soeur Basilea, la fondatrice des Soeurs luthériennes de Marie, et quelques pasteurs luthériens qui désirent connaître sa spiritualité évangélique. Parmi eux, le pasteur Dieter Fürst est touché par ses paroles : elle ne se contente pas de parler de l’Évangile, elle le vit !

Chiara est alors invitée à diffuser l’expérience des Focolari au sein des Églises évangéliques luthériennes. Des préjugés vieux de plusieurs siècles s’écroulent alors. L’aventure oecuménique va se poursuivre en Allemagne où, après les luthériens, le Mouvement va nouer des contacts avec des fidèles des Églises libres.

Mgr Otto Spulbek, alors évêque de Leipzig, demande à Chiara, en 1960, d’ouvrir un focolare. Étant donné que de nombreux médecins fuient à l’Ouest, l’évêque assure que si des médecins  membres des Focolari peuvent venir, ceux-ci pourraient travailler dans les hôpitaux de son diocèse. C’est ainsi que le 13 mai 1961, Enzo Fondi, chirurgien, et Giuseppe Santanché, anesthésiste, arrivent à l’hôpital Sainte-Élisabeth de Leipzig. Chiara leur demande de ne parler du Mouvement à personne pendant au moins six mois.

Des voyages sont régulièrement organisés depuis l’Autriche ou Trieste afin de pénétrer à l’intérieur du bloc soviétique. On passe par la Yougoslavie et, de là, on poursuit vers la Hongrie. Chiara propose à Marco Tecilla, rentré du Brésil fin 1960, d’aller à Trieste pour préparer une nouvelle mission en Yougoslavie, ce qu’il accepte. C’est ainsi qu’en 1961, Marco s’établit à Zagreb.

Cette année-là, au mois de mai, Chiara fonde, à Rome, le centre UN, secrétariat oecuménique du Mouvement, fruit de tous ces contacts et de cette expérience concrète de communion. Igino Giordani, pionnier de l’oecuménisme en Italie, en sera le directeur jusqu’à sa mort.

Les contacts oecuméniques vont ensuite se poursuivre, cette fois avec l’Église anglicane.

Sous l’oeil (bienveillant) de la Stasi

En juin 1961, Anna Maria et Danilo Zanzucchi arrivent à Berlin pour rencontrer les unes après les autres les familles présentes là-bas.

Le 13 août 1961, le mur de Berlin est érigé. Les contacts de l’Est avec le reste du monde deviennent dès lors quasiment impossibles.

En septembre 1961, la Conférence épiscopale allemande se prononce à l’unanimité en faveur des Focolari en Allemagne. La complexité du Mouvement auquel appartiennent laïcs consacrés, prêtres, religieux, mariés fait que la commission qui examine l’éventualité d’une approbation est composée par des représentants de trois dicastères, chose exceptionnelle à l’époque.

En janvier 1962, Natalia Dallapiccola ouvre le focolare à Leipzig avec deux autres focolarines allemandes, une femme médecin et une infirmière. Peu après, Roberto Saltini et Anna Fratta (que l’on appelait Doni), tous deux médecins, s’installent à leur tour en RDA. Anna gagne rapidement l’estime de tous au point que, par trois fois, elle reçoit la médaille frappée de la faucille et du  marteau en guise de reconnaissance pour son professionnalisme mais aussi, comme le disait le document remis à l’une de ces occasions, pour sa contribution « à créer des collectifs unis et efficaces ».

Des préjugés vieux de plusieurs siècles s’écroulent alors.

Vivre en étant constamment espionnée fait partie de la règle du jeu. Tous les focolarini et les focolarines le savent mais c’est seulement lors des ouvertures des archives de la Stasi (police  secrète), après la réunification de l’Allemagne en 1989, que tout cela est confirmé.

Sous la plume d’un certain sergent-major Herbig, on peut lire : « Le Mouvement des FUKOLAR [!] est une association de l’Église catholique. Les membres de cette association se proposent de  vivre et d’agir en accord avec la foi chrétienne. Ils se distinguent par leur gentillesse, leur optimisme, leur confiance et leur sensibilité à la misère. Le Mouvement a un caractère purement humanitaire. » Dans un autre rapport, on peut lire : « Le programme du Mouvement FUKOLAR [!] veut créer une forte unité religieuse malgré les opinions nationales contraires. »

Dominique FILY

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