Au-delà des frontières – J’étais étranger…

Depuis 2011, les habitants de Sicile et de la petite île de Lampedusa essaient de faire face à l’afflux croissant de migrants qui échouent sur leurs côtes, épuisés après des heures passées en mer. Sur place, des membres des Focolari s’engagent avec leurs compatriotes pour secourir ces frères démunis de tout.

Ismaël, jeune musulman de 16 ans, est arrivé en Sicile il y a quelques mois. En attente de papiers, il apprend l’italien, hébergé depuis quelques semaines dans la famille de Cristina et Giulio dont il est devenu le quatrième enfant. Samuel, lui, est chrétien copte originaire d’Égypte. Devant les dangers courus par son père dans ses déplacements pour le travail et le risque de le perdre, Samuel décide de gagner sa vie et de rejoindre l’Europe par la mer. En Sicile, il passe un premier diplôme, ce qui lui permet aussi d’aider sa famille restée au pays. Des jeunes comme Ismaël et Samuel, il y en a des centaines, des milliers, marqués par les drames vécus en Méditerranée, sur des embarcations de fortune.

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Une Succession ininterrompue de débarquements.

Au printemps 2011, les Siciliens sont bouleversés par la multiplication de ces débarquements de migrants épuisés, « trempés jusqu’aux os, la plupart pieds nus », racontent des membres de la communauté Focolari de cette région. Avec les jeunes du mouvement, en collaboration avec la Caritas d’Agrigente, ils se mobilisent et, en quelques jours, font arriver à Lampedusa un container de vêtements et de matériel de première nécessité. Au fil des arrivées, les habitants ouvrent leurs portes, les pécheurs donnent le fruit de leur travail, les auberges offrent des repas à tour de rôle, la paroisse est transformée en centre d’accueil. Entre début février et les derniers jours de mars, le nombre de migrants (6 500) finit par dépasser celui des résidents (4 500). L’île est devenue une décharge à ciel ouvert, jonchée d’abris de fortune. Après un grand élan de générosité, vient le découragement. En effet, 90 % des ressources du lieu proviennent du tourisme, compromis par cette invasion. D’autre part, des vols commis par des migrants pour récupérer de quoi manger ou se couvrir, suscitent des tensions qui vont en crescendo, au point de vouloir repousser en mer les embarcations. Les exhortations du maire, du curé et de l’évêque du lieu – qui par ailleurs interpellent les instances politiques nationales – ne sont pas de trop à ce moment-là pour encourager la population à poursuivre ses efforts de solidarité.

Des signes de la providence.

« J’ai vu des visages et vécu des scènes que je n’aurais jamais imaginées avant, exprimait alors Alma, membre des Focolari de Lampedusa. C’est vraiment Jésus dans un abandon extrême qui s’est présenté sur notre île à travers ces frères. La solidarité de tous nous donne la force de continuer, même si nous sommes arrivés aux limites de nos possibilités. » « Cette année, racontait de son côté Anna, nous avons vécu à Lampedusa un carême intense avec Jésus, qui manquait de tout : vêtements, chaussures, couvertures, nourriture, eau, café, argent, sourires, paroles d’amitié et aussi recharges de téléphone. Nous avons accueilli et gardé dans notre cœur Jésus, étranger et souffrant. » Les premières mesures ont été prises, entre-temps, pour trouver à ces migrants des lieux de destination, tandis que l’opération « Mare Nostrum » était mise en place par l’État italien pour secourir en mer les migrants fuyant leur pays. Plusieurs régions d’Italie ont accepté de recevoir un certain nombre de réfugiés. Les habitants de Lampedusa n’étaient plus seuls pour assumer une situation devenue bien trop lourde.

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Quelques actions dans les régions.

Au cours des mois qui ont suivi, la vie s’est organisée. Dans plusieurs villes de l’île de Malte et de Sicile où les migrants avaient également afflué (à Ispica, Rosolini, Catane…) les membres des Focolari se sont mobilisés avec d’autres pour alléger le sort de ces frères en difficulté. À Catane, par exemple, ils se sont organisés pour répondre aux besoins immédiats des nombreux Syriens qui transitent par la gare centrale, en attente de départ vers d’autres pays européens. Ils travaillent aussi en collaboration avec la mosquée, devenue lieu d’accueil pour des réfugiés musulmans et chrétiens. À Malte, interpellés par l’afflux de réfugiés sur leurs côtes, ils ont entrepris des démarches, dès 2012, et obtenu des autorisations pour entrer dans des centres de rétention. « Je fais partie d’un de ces groupes, explique Vanessa. Nous visitons un centre où nous avons connu une cinquantaine de femmes de Somalie âgées de 16 à 50 ans, la plupart musulmanes. » Des cours d’anglais et différentes activités sont organisés « mais, poursuit-elle, le plus important, ce sont les relations établies. Nous découvrons des situations très délicates qui ont amené certaines au bord du suicide. Nous voyons avec joie que ces visites régulières leur apportent un peu de réconfort et d’espoir. »

Après la tragédie de juillet 2014.

En juillet dernier, les Juniors pour un monde uni de Sicile et de Calabre, réunis pour un chantier d’été, ont été interpellés par la tragédie des 45 migrants arrivés morts dans la soute d’un bateau. Cela se passait dans le petit port sicilien de Pozzalo, à quelques kilomètres de l’endroit où ils se retrouvaient. Leur fête de clôture s’est transformée en veillée de prière. Après la procession aux flambeaux, partie du port où avaient eu lieu les funérailles jusqu’à la cathédrale, l’une d’entre eux a lu une lettre adressée à ces migrants décédés, leur demandant pardon pour l’insensibilité et l’indifférence du monde à leur égard. Des moments d’émotion, où les Juniors ont pu échanger avec les rescapés de cette tragédie, se promettant réciproquement de rester en lien. « C’est une expérience que je ne pourrai jamais oublier, déclarait Giancarlo, un des Juniors originaires de Catane. Je me suis demandé ce que je pouvais faire pour que tous ces jeunes seuls se sentent accueillis. » En réponse à cette question, qu’ils sont loin d’être les seuls à se poser, des familles des Focolari d’Augusta, de Syracuse, mais aussi de Rome et d’autres régions italiennes se sont offerts pour faire sortir ces jeunes une semaine des centres d’accueil où ils vivent seulement dans l’attente de papiers. Le projet « Été en famille » s’est poursuivi par des « week-ends en famille ». À l’origine de cette initiative, une avocate, Flavia Cerino (flavia.cerino@facebook.com), devenue tutrice d’un bon nombre de ces jeunes de pays émergents qui n’ont d’autre rêve que de pouvoir vivre comme les autres jeunes de leur âge!

Anne BAZALGETTE

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