Aide aux migrants : lorsque le cœur parle

Lorsque le cœur parle - revue Nouvelle Cité mai-juin 2017

Face à la détresse des migrants bloqués à la frontière franco-italienne, des habitants des Alpes-Maritimes agissent à leur échelle. Dans cette chaîne de générosités se trouvent des membres des Focolari.

« Le club des cinq » version solidarité ! Des femmes de la région de Vence ont créé le collectif « Baous (1) Vintimille ». Elles mobilisent leurs réseaux, collectent produits alimentaires, d’hygiène, argent et vêtements (qu’elles trient et répartissent par sacs), puis, une fois par mois, remplissent un ou plusieurs véhicules pour acheminer ces dons au local de la Caritas et à l’église de Vintimille. « Nous avons nos familles, notre travail. Nous faisons ce que nous pouvons, bien conscientes de nos limites, mais ce peu, c’est déjà beaucoup. Nous ne sommes qu’un petit maillon dans la chaîne. Nous sommes bien lucides sur le fait que ce n’est pas une solution durable, mais comment ne pas donner à manger à des gens qui ont faim ni des chaussures à des personnes portant des claquettes en plein hiver et qui sont traumatisés par les violences vécues et par leur voyage ? » s’interroge Odile Olivier, volontaire (2) du Mouvement. Et d’évoquer la légende du colibri qui, avec ses gouttes d’eau, s’active pour éteindre l’incendie de la forêt.

Sa « curiosité » est à l’origine de l’engagement de ces volontaires. Stimulée par l’appel du pape François à aller « aux périphéries », et après avoir écouté le diacre du diocèse évoquer « ce qui se passe à nos frontières », cette infirmière scolaire est partie à l’aventure en novembre 2015 après avoir sollicité des membres de son réseau.

La petite troupe motivée fait la connaissance de Manu, qui vient tous les matins de Menton réceptionner les colis et les distribuer aux migrants. « Une belle rencontre », commente Odile. Elles ont eu envie de l’aider et depuis, sont fidèles à leur mission. Elles se sont également rendues à plusieurs réunions de l’association « Roya citoyenne » qui assure des maraudes sur place, et ont mis en relation Manu avec Paola, membre des Familles Nouvelles (3).

RÉVEILLER LES CONSCIENCES

Paola est sur le pont depuis l’afflux des migrants en 2015. « Cela ne me plaît pas du tout d’agir à la place de l’État et de ne faire que recueillir ces personnes au lieu de réellement les accueillir, mais devant toutes ces souffrances, on n’a pas le droit de se croiser les bras », déclare cette enseignante de philosophie et d’histoire. Habitant Vintimille, juste en face du local de la Caritas, elle a commencé à s’engager en préparant dans la rue des repas chauds dans de grandes marmites (parfois de 9 h à 22 h). Lorsque, durant l’été 2015, les migrants se sont installés sur les rochers au bord de la mer, elle est allée avec son mari Gianpaolo et des amis leur porter des couvertures. Puis la paroisse Sant’Antonio a ouvert ses portes en mai 2016. Gianpaolo a alors organisé la réception de personnes (300 au total) venues donner un coup de main : groupes de scouts, militants associatifs, étudiants de Sciences Po Menton… et Paola a organisé les permanences de bénévoles. Tandis qu’une équipe prépare des repas « ethniques » plus adaptés aux cultures alimentaires des migrants que des platées de pâtes.

« On démarrait un service, on cherchait un relais puis on passait à autre chose », explique Paola. Car sa préoccupation majeure a été – et reste – de « travailler pour le réveil des consciences ». D’où les envois de mails, de photos sur sa page Facebook, de participations à des événements des Focolari sur tout le département, etc. Si Paola agit au nom de sa foi, elle tient à dire son admiration envers une gérante de café, « pas vraiment croyante », qui prend des risques en permettant aux migrants d’utiliser ses toilettes et de recharger leurs portables, plusieurs citoyens solidaires étant inquiétés par la Justice.

TRAVAILLER À L’UNITÉ DES BÉNÉVOLES

Face à l’ampleur de ce défi humanitaire, des bonnes volontés de toutes sensibilités avec des motivations diverses se manifestent. « Avec six familles, nous avons cherché à être dans tout en participant à de très nombreuses réunions et en cherchant l’Unité entre nous. Nous nous sommes pris des claques de tous côtés. Heureusement, l’urgence calme les esprits, rapproche et aide au dialogue », raconte Paola qui rêve de constituer un réseau national de soutien des migrants pour les accompagner dans la durée.

« Dans ce domaine, c’est important de ne pas agir seul. Je suis vraiment contente d’avoir proposé à d’autres de participer. De là est née une belle amitié. Nous sommes très complémentaires », témoigne de son côté Odile. Leur quintet vient d’être rallié par Hélène, une infirmière mobilisée pour des raisons humanistes.

En mars dernier, le groupe a rendu visite à une vieille paroissienne qui a suggéré de réaliser un flyer pour solliciter des dons par prélèvements bancaires, « un chouette moment de partage ». Tous ces liens tissés donnent encore plus de valeur à leur action citoyenne. Pour sa part, Erika s’émerveille que l’afflux des dons « ne se tarisse pas ». Souvent, les filles ne savent même plus qui a déposé des vêtements dans leurs garages. « Ce que je trouve le plus touchant, souligne-telle, c’est que le cœur parle, au-delà des options politiques. » Elle-même raconte avoir réagi « de façon spontanée lorsqu’elle a découvert cette problématique alors que les médias ne parlaient que de Calais ». « Face à des jeunes ou des femmes enceintes qui ont faim, froid, on partage », ajoute-t-elle. La réflexion philosophique n’est venue que dans un deuxième temps. « Ce qui se vit ici, insiste-t-elle, reflète la société qu’on veut construire. »

Chantal JOLY

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