Affronter ses propres déficits d’estime de soi

Affronter ses propres déficits d' estime de soi - revue Nouvelle Cité mai-juin 2017

Le psychologue Iñaki Guerrero expose les mécanismes de l’ estime de soi face à des situations de conflits. Retour sur une intervention donnée à Loppiano, Italie, en juin 2016.

Que signifie avoir une bonne estime de soi ? Cela veut dire se connaître, tel que l’on est, et s’accepter. C’est fondamental. La clef de l’estime de soi réside dans l’acceptation de soi, et non pas dans le fait d’être quelqu’un de bien. Cela est secondaire. Or si l’estime que j’ai de moi est basse, que se passe-t-il ? Je vais mettre en place des mécanismes de compensation : comme je me sens moins bien que l’autre face à moi, je dois démontrer que j’ai de la valeur. Alors je vais chercher à imposer mes idées, à me mettre en lumière, à être au centre de l’attention. Et parce que j’ai besoin de me sentir valorisé pour me convaincre que je vaux quelque chose, puisque inconsciemment je pense que je ne vaux pas grand-chose, j’ai une vision négative de moi-même et je ne m’accepte pas. Alors je dois à tout prix me faire accepter des autres.

Se connaître, tel que l’on est, et s’accepter.

Ces déficits d’ estime de soi pourront me bloquer au moment de résoudre un conflit ou d’affronter une situation difficile. Si je n’en ai pas conscience, je ne peux pas faire le vide face à l’autre et être pleinement disponible à ce qu’il me dit. C’est de là que naissent les peurs, les préjugés, les jugements sur l’autre.

Si je ne m’accepte pas comme je suis, quand une personne vient à me parler brutalement ou bien me fait un reproche un peu violent, je vais penser : « Pourquoi fait-elle cela ? C’est donc que je suis méchant, quelqu’un de moche, une catastrophe… » Il me semble que l’autre est en train de me dire que je ne sers à rien. Cela me met en colère, m’agite, et je commence moi aussi à passer à l’attaque.

Par contre, si j’ai une bonne estime de soi (de moi-même), je vais penser : « Peut-être est-il en train de me dire que j’ai commis une erreur envers lui. Je me suis trompé. » Dans ce cas, j’ai conscience de mes limites et de mes défauts, et j’en admets les conséquences. Cela ne veut pas dire que je suis une catastrophe ni que ses insultes sont justifiées. Cependant, je comprends pourquoi il s’est senti blessé. Puisqu’il s’est senti blessé, il s’est senti mal, alors il s’est mis en colère. Alors je lui dis, au moins intérieurement : « Mon pauvre ami, qui sait combien tu dois souffrir pour avoir une telle réaction ! » Et je change de regard : au lieu d’un regard pour défendre mon estime de moi, j’aurai un regard de miséricorde, d’accueil de la souffrance de l’autre. Sa colère est l’expression d’une grande souffrance que je dois accueillir avec miséricorde, en lui faisant comprendre que je le comprends.

Un autre aspect de la question est : comment être unifié à l’intérieur de nous-mêmes ? En 1946, Chiara Lubich disait : « Nous sommes appelés à agir comme Jésus, à être Jésus. Faire la synthèse, réunir l’humain et le divin qui sont en nous. La condition pour arriver à cette union, c’est l’humilité. L’humilité dans la vérité, accepter ce que nous sommes, avec nos limites mais aussi avec nos qualités, nos ressources. La condition pour rencontrer Dieu, mais aussi pour vivre l’unité entre nous, c’est l’humilité. »

Cependant, je ne réussirai à avoir cette attitude que si je me sens profondément aimé par quelqu’un. C’est comme l’enfant : s’il ne se sent pas aimé par ses parents, il n’a pas d’estime de lui-même, il ne s’accepte pas. C’est une formidable aide de faire l’expérience de Dieu pour soi, d’un Dieu qui m’aime ; qui m’aime tel que je suis.

Iñaki GUERRERO

 

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