Accompagner au discernement, faire place à l’autre et grandir en liberté

Accompagner au discernement

Accompagner au discernement, faire place à l’autre et grandir en liberté. CE THÈME SUR LE DISCERNEMENT fut présenté pour la première fois à l’école sur l’accompagnement en avril 2019 par le philosophe Gianluca Falconi, puis repris lors du week-end de formation « Conscience et discernement », les 19 et 20 juin derniers.

En préparant cette intervention pour un groupe de jeunes, je me suis aperçu que le sujet me touchait personnellement. À ce moment-là de ma vie, je devais moi-même faire des choix importants et je me suis rendu compte que quand nous accompagnons une personne, nous devons toujours nous rendre disponibles au travail que l’Esprit Saint peut vouloir faire avec nous. Un accompagnateur ne peut pas être non accompagné. C’est une première chose à mettre en évidence. Deuxièmement, il faut souligner que notre attitude dans l’accompagnement change en fonction de la personne présente en face de nous. Cela semble banal mais ça ne l’est pas car nous avons tendance à utiliser les mêmes schémas pour tout le monde. En agissant ainsi, nous en arrivons à une sorte d’égocentrisme : je suis au centre, c’est moi l’accompagnateur, avec mes schémas, mes jugements, mes manières de penser, ma culture, mon expérience, etc. C’est moi qui suis au centre, alors que nous devrions apprendre à nous mettre à l’écoute de l’autre, de sa réalité. C’est l’autre qui doit être au centre, quel que soit le parcours de discernement.

Autour de notre richesse émotive

Pour me préparer, j’ai utilisé le document préparatoire pour le synode sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Or, ce document dit avec beaucoup de force que notre perception du présent est souvent contaminée soit par notre passé, soit par le futur, c’est-à-dire par le regret de ce que nous avons été ou par ce que nous voudrions être.

Pour mener une sérieuse action de discernement, nous devons avoir le courage de nous mettre sincèrement face à nous-mêmes dans l’instant présent. Pour cela, nous devons faire de la place à tout ce que nous vivons intérieurement, c’est-à-dire à nos émotions et à nos sentiments ! Le document en propose une liste : la tristesse, l’obscurité, la plénitude, la peur (que de peurs avant un choix important !), la joie, la paix, le sens du vide, la tendresse, la colère, l’espérance, la tiédeur…

Il nous invite à laisser sortir cette richesse émotionnelle, à la mettre en lumière, à lui donner de la valeur.

Qui est appelé à accompagner doit longuement s’entraîner pour grandir dans cette attitude qui favorise l’explicitation, la verbalisation de cette richesse émotive. À nous d’être vigilants en écoutant le présent de la personne qui est devant nous. Et souvent nous ne le faisons pas. Par exemple, un jeune me raconte ce qu’il est en train de vivre, un problème avec sa compagne, et moi j’arrive tout de suite avec la morale. Nous devons prendre conscience que chaque jugement, même positif, empêche un regard sincère et authentique sur le présent, et insère une ambiguïté dans notre comportement. D’un côté, il y a la vie de cette personne, un peu confuse peut-être, et sur celle-ci, j’ajoute la mienne, mon critère d’évaluation de cette situation. Pour un accompagnateur, aider à discerner signifie donc avant tout faire de la place en soi pour ne pas juger, ni en bien, ni en mal.

> Une plus grande liberté intérieure

Si le silence pour se mettre à l’écoute de ce qui se passe en nous est la condition fondamentale pour commencer un parcours de discernement, nous ne pouvons pas nous arrêter au présent. En effet, l’être humain vit dans l’histoire. Le regard sur notre histoire personnelle exige de chercher à comprendre les raisons du présent.

Quand je cherche à comprendre ce que je vis, je me rends compte que mon présent n’est pas seulement conditionné par ce que j’ai vécu, par exemple, le jour d’avant, mais par mes habitudes, ma famille, ou par ce que m’a dit quelqu’un qui est pour moi un point de référence. Or, si un parcours de discernement veut regarder sincèrement le présent et le comprendre, il doit regarder sincèrement ce passé, non pour l’éliminer – nous ne pouvons pas –, mais pour comprendre les raisons pour lesquelles je suis ici en ce moment présent avec ce que je ressens. Et cela signifie grandir dans la liberté. Voilà ce qui est central dans un parcours de discernement : une maturation vers une plus grande liberté intérieure.

Parfois, en parlant avec les jeunes, l’un me dit : « Je voudrais me marier avec telle fille, mais je ne suis pas sûr parce que, si je l’épouse, je renonce à toutes les autres. » Cette personne ressentait donc le mariage un peu comme une cage. Il n’existe pas d’expérience religieuse et humaine authentique sans une expérience de liberté. Si nous entrons dans un parcours vocationnel, quel qu’il soit, avec la sensation d’entrer dans un lieu étroit, cela veut dire que nous nous trompons de chemin. Lorsque je suis entré au focolare, je voyais le monde entier qui s’ouvrait. Je pense que celui d’entre vous qui est marié sait bien que le mariage est l’expérience d’une aventure qui commence avec la personne que j’aime le plus, c’est une ouverture du cœur.

Dans cette expérience de liberté, nous voyons aussi que notre expérience de Dieu est appelée à mûrir, justement parce qu’elle est vivante. Par conséquent, si je me trouve face à un jeune de 30 ans qui veut vivre l’expérience Gen comme lorsqu’il en avait 20, quelque chose ne va pas ; c’est comme si je voulais vivre l’expérience d’un cinquantenaire à 70 ans. La vérité à l’égard de nous-mêmes n’est pas à trouver hors de nous. Cela se réalise en mettant de côté certains éléments qui viennent en évidence : la force de la volonté, « j’y arrive ! » ; ou un certain désir ardent de conquérir le monde ; ou peut-être les émotions. Et cela pour découvrir en nous le silence où nous pouvons rencontrer Dieu. Parfois, les émotions, la volonté, les pensées, les passions obscurcissent ce lieu silencieux.

C’est pour cela que l’accompagnateur a besoin d’exiger de lui-même un silence intérieur pour ne pas juger l’autre, mais aussi pour l’aider à mettre de côté ces éléments qui peuvent cacher ce que Dieu veut vraiment dire à cette personne. Accompagner signifie donc s’entraîner au silence.

> Un discernement quotidien

Le discernement n’en est pas un s’il n’aboutit pas à un choix. Le pape François rappelle qu’il vaut mieux décider et se tromper plutôt que ne rien choisir du tout. Dans notre expérience de foi, ce choix est la manière concrète qui permet à notre liberté de s’incarner.

Une tentation ici serait de vouloir faire la volonté de Dieu. Je m’explique. En parlant avec des jeunes, parfois je les entends dire : « Tu vois, j’aimerais vraiment comprendre quelle est la volonté de Dieu pour moi. » Et ils commencent, par exemple, à vouloir comprendre la volonté de Dieu à 20 ans. Et puis, à 25 et encore à 35 ans, ils cherchent toujours à comprendre quelle est la volonté de Dieu pour eux. Quel problème pose cette façon de raisonner ? C’est de mettre l’avenir de ma vie en dehors de moi-même, dans un lieu que personne ne peut vérifier : la volonté de Dieu. Par conséquent, je ne décide jamais rien. Voilà pourquoi je suis parti du présent et de l’écoute, car le lieu du choix de la volonté de Dieu se trouve en moi. Quelle pourrait être la volonté de Dieu pour nous, sinon que nous soyons libres et heureux, et donc notre pleine réalisation ? Il y a un nombre infini de manières de faire le bien et cela libère. Dans la tradition hassidique, on dit : « ne jamais demander le chemin à quelqu’un qui le connaît, car tu risquerais de ne pas te perdre ». Il est très important de pouvoir se perdre, penser qu’il y a des possibilités d’erreurs, de marche arrière : ces moments sont souvent les plus fertiles.

Une dernière chose pour conclure. Une des grandes choses que le pape François essaie de faire mûrir dans l’Église, c’est que ce parcours de discernement (d’écoute, de compréhension et de choix) ne soit pas seulement un moment dans la vie, mais quelque chose de quotidien. Nous devrions apprendre à discerner chaque matin :  comment vais-je vivre cette journée ? Parce que c’est seulement si nous sommes fidèles au discernement quotidien que nous serons en mesure de faire de grands choix le moment venu.

Gianluca FALCONI
Focolarino, professeur de philosophie et d’histoire dans un lycée de Brescia (Italie)

UNE QUESTION ME GÂCHAIT LA VIE
Lorsque j’étais indécis : entrer au focolare ou devenir prêtre, j’ai fait un parcours de discernement avec un prêtre. Une question me gâchait la vie : « Si je me trompe de vocation, est-ce que je détruis le dessein que Dieu a sur moi ? » Quand j’ai compris que l’une des caractéristiques de la vie d’un focolarino était de vivre dans l’Oeuvre de Marie comme dans sa propre maison, je lui ai dit : « Mais alors je sais, ma maison, c’est l’Oeuvre. » « Bien, alors mets-toi dans cette disposition d’âme », m’a-t-il dit. Je me souviens très bien de la sensation : je me promenais devant la maison en disant le chapelet, je me suis arrêté et j’ai ressenti dans mon cœur une joie très profonde. Ma question n’existait plus. Cette joie m’a fait comprendre que Dieu voulait de moi ce que je voulais vraiment pour moi-même.

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