Abus sexuels dans le Mouvement. Les faits

Abus sexuels dans le Mouvement

Abus sexuels dans le Mouvement. Les faits

La première plainte déposée contre Jean-Michel M. remonte à 1994. Il s’agit de celle de Christophe Renaudin pour des faits d’agression sexuelle sur mineur avec tentative de viol, commis entre 1981 et 1985. Après avoir reconnu certains délits, JMM est condamné en 1998 au civil à verser une somme à Christophe R. Deux  ans auparavant, ce dernier avait été débouté au pénal, les faits étant prescrits. JMM est alors relevé de ses responsabilités auprès des jeunes et ses responsables de focolare successifs en sont avertis. En 2015, suite à des échanges avec Maxime Fouanon, Christophe R. découvre que JMM participe toujours aux rencontres focolari en présence d’enfants et d’adolescents. Il se tourne vers l’évêque alors chargé de suivre les mouvements en France qui lui-même saisit le Conseil pontifical pour les laïcs au Vatican. Cela aboutit à exclusion de JMM de la section des focolarini par la présidente du Mouvement en 2016. Un courrier annonçant cette décision et sa raison est envoyé aux responsables des branches, charge à eux de relayer l’information. Suite à l’envoi de cette lettre, de nouvelles victimes se font connaître. En novembre 2019, un appel à témoignages émis par la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église) est envoyé à tous les membres, relayé par le site focolari.fr et la revue Nouvelle Cité.

En février 2020, Christophe R. témoigne lors d’une réunion publique de la CIASE à Nantes. Il manifeste à des focolarines présentes ce jour-là sa colère de ne pas avoir reçu de réponse à sa lettre envoyée en 2016 à Jesús Morán (coprésident du Mouvement) et demande à le rencontrer avec la présidente. Ce rendez-vous décisif se déroule à Nantes le 18 septembre 2020 en présence de plusieurs victimes, de Jesús Morán et du coordinateur de la CO.BE.TU (Commission centrale pour la promotion  du bien-être et la protection des mineurs des Focolari) et des responsables nationaux. Jesús Morán y exprime sa douleur et sa honte pour les abus subis, « de même que pour le silence ou le manque d’initiative maintenu pendant des années de la part de divers responsables ». Les dirigeants s’engagent notamment à faire appel à un organisme indépendant pour faire la lumière sur les abus et retrouver les autres victimes.

Un mois plus tard, Christophe R. intervient dans les médias. Le 21 octobre, Bernard Bréchet et Christiane-Marie Goffinet, coresponsables du Mouvement en France, ainsi qu’Henri-Louis Roche, coresponsable pour l’Europe occidentale, démissionnent. En novembre, le Centre des ocolari envoie en France Donna Kempt et Severin Schmid, conseillers pour l’Europe, pour être présents plusieurs mois auprès de la communauté dans cette crise. Le 13 décembre, Maria Voce et Jesús Morán expriment une demande de pardon aux victimes et insistent sur leur engagement envers elles. « C’est une souffrance que nous vivons ensemble, que nous assumons ensemble. C’est seulement ensemble que nous pouvons la surmonter », assure Maria Voce.

En décembre, un porte-parole du Mouvement pour ces questions a été nommé, en la personne de Rocco Femia, directeur de la revue francoitalienne Radici. Rocco Femia, qui a bien connu les Focolari, n’a aujourd’hui aucun lien avec les structures du Mouvement.

La commission d’enquête commence son travail : à la suite d’un appel d’offres, une société extérieure va réaliser une enquête indépendante selon un cahier des charges précis sur les abus commis par Jean-Michel M. en France.
La rédaction
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Après le choc, la parole

LES RÉVÉLATIONS ET LA MÉDIATISATION DES AGRESSIONS SEXUELLES commises par un ex-focolarino bouleversent le mouvement en France et sa communauté. Plusieurs réunions ont permis à beaucoup d’exprimer leurs sentiments et leurs interrogations. Voici des témoignages, divers, parmi d’autres. L’accord a été donné à Nouvelle Cité pour publication, sous forme anonyme mais l’identité de tous est bien réelle.

« Dans cette crise qui nous secoue, le plus grave, c’est ce qui a été caché. Nous ne sommes pas allés au-devant des victimes pour les écouter, les soulager… La vérité peut faire mal mais le silence tue. On ne peut pas cacher ce qui est mauvais.L’omerta enlève de la confiance. Il faut avoir tous beaucoup d’humilité, écarter de nos cœurs le jugement, déplorer et ne pas juger. C’est le moment de balayer devant notre porte, de repartir des communautés locales, revoir complètement le fonctionnement. Quand Chiara nous a dit “Soyez une famille”, elle se rendait compte que les liens entre nous étaient perfectibles. »

« Je pense que la réelle problématique a ses racines dans la gouvernance omnipotente et pyramidale qui a été lieu du secret. »

« Quand certaines personnes l’ont su, comment se fait-il qu’elles n’aient rien dit ? Cette crise terrible m’ébranle dans ma vocation de volontaire car je croyais en la présence de Jésus au milieu de nous comme étant garant d’un discernement entre nous. »

« Pour les victimes, il est important que les responsables les reconnaissent, les reçoivent, les écoutent. Il faut avoir bien présent à l’esprit que les victimes nous attendent. Pour elles, “un jour est comme mille ans” (2 P 3,8) ».

« Regarder en face les zones d’ombre et les fragilités, à la fois dans sa vie personnelle et dans sa vie collective, permet d’être plus conscient de ces problèmes et d’éviter qu’ils se reproduisent. Si on est lucide, on avance mieux. Tout cela m’interpelle profondément sur des sujets plus intimes comme le célibat et la compensation, le défi d’une sexualité à affronter positivement et librement, mariés ou non. Que vivons-nous vraiment ensemble ? »

« Pour certains, c’est une nouvelle mais pas pour d’autres. Tout cela est extrêmement douloureux pour ceux qui l’ont vécu et pour ceux qui le découvrent aujourd’hui. Depuis longtemps, nous portons cette souffrance : quand une famille s’est confiée à nous, le ciel nous est tombé sur la tête. Ce qui se passe maintenant ravive les souffrances. Il est normal que cela sorte enfin au grand jour. Mais surtout, il faut prendre tous les moyens pour que cela ne puisse jamais se reproduire. Toutes les familles que nous avons informées ne souhaitent pas forcément remuer des souffrances psychiques anciennes (ou endormies), même si plusieurs saisissent cette occasion pour se libérer par la parole. »

« Nous vivons un temps à la fois libérateur et qui ravive des émotions fortes, c’est douloureux car il y a (eu) trop de non-dits. Nous avons besoin d’être entourés d’experts si nous voulons (re)découvrir des relations plus vraies entre nous. Et il faut y aller avec beaucoup de délicatesse et d’amour. »

« La parole a été libératrice. Il se vit quelque chose qui nous touche, nous concerne directement. Nous prenons conscience de la nécessité de mieux former notre humanité sur tous les plans, y compris ceux de l’affectivité et de la sexualité. Et d’apprendre à parler de ce qui a été tu trop souvent ; à communiquer en temps de crise pour donner une parole qui soit vraie. »

« Combien de personnes qui ont connu JMM sont tombées des nues ? J’étais effondré et démuni quand je l’ai appris, des sentiments accompagnés d’une grosse remise en question du sens de la vie fraternelle. Nous devons nous aider à sortir du déni pour considérer avec humilité les faits et les souffrances des victimes. »

« J’éprouve une grande reconnaissance pour tout le travail réalisé par les personnes qui accompagnent les victimes. Pour moi, cette affaire ne remet pas en question le fonctionnement du Mouvement qui, ces dernières années, a effectué un gros travail pour la protection des mineurs. Il est un peu trop facile de dire ce qu’il aurait fallu faire avec notre regard actuel et les récentes évolutions sur le traitement des abus. Le plus utile ne me semble pas tant de chercher à tout prix des responsables mais de faire évoluer la culture et la conscience collective. »

« Je ne suis pas en accord avec la façon de réagir de l’OEuvre et je l’ai fait savoir. Nous attendons des réactions qui ne viennent pas… c’est problématique. Il faut expliquer clairement les choses. Nos responsables nationaux n’étaient pas formés pour bien gérer ces dossiers. La charge était trop lourde. Il y a toujours eu des gens qui ne se sont jamais sentis autorisés à parler. Il faut les encourager à manifester leur liberté. »

« Les responsables de l’époque n’ont pas tenu compte du fait que nous avions des enfants ! Je suis en colère et stupéfaite. Comment est-ce possible qu’ils n’aient pas  tenu au courant les focolarini mariés ? »

« Les gens demandent fortement à ce qu’existent de vrais espaces de parole, avec des experts comme modérateurs, extérieurs au Mouvement. »

« Si nous avons l’occasion d’écouter une victime, cela aide à comprendre ce qu’elles vivent. Cela m’a beaucoup aidée à changer mon regard sur la situation. »

« C’est une immense leçon d’humilité car j’ai toujours pensé que les Focolari avaient quelque chose de plus. En même temps, le charisme est immense. Nous vivons une tempête dans le Mouvement. Si nous prenons cela à bras-le-corps, nous nous en sortirons. J’ai confiance. »

 

NOTE DE LA RÉDACTION
Nous savons que cet article est bien insuffisant pour traiter correctement la réalité des abus sexuels, en particulier celle vécue par les victimes. Nous avons choisi de faire un point sur les faits et de faire écho aux réactions des membres du Mouvement. Nous avons à cœur de donner la parole aux victimes dans les prochains numéros, en fonction de ce qu’il sera possible de faire, au regard du travail de la commission indépendante.

VICTIME ? CONTACT ET PROCÉDURE DE SIGNALEMENT
L’adresse mail ecoutedevictimes@focolari.fr est ouverte aux personnes victimes ou témoins d’abus dans le cadre d’activités du mouvement des Focolari. Depuis plusieurs années, tous les animateurs de groupe de jeunes des Focolari sont tenus d’assister à une formation « pour le bien-être et la protection des mineurs ». On  peut également écrire au procureur de la République du lieu d’habitation de la victime ou s’adresser aux cellules d’écoute des diocèses.

 

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