« À la culture de l’engagement, j’ai ajouté celle de la relation »

A la culture de l'engagement, j'ai ajouté celle de la relation

« À la culture de l’engagement, j’ai ajouté celle de la relation ». Suivant le degré de familiarité que j’ai avec les personnes à qui je m’adresse, j’aime à dire que j’ai eu la chance de rencontrer deux mouvements qui m’ont structuré et guidé tout au long de ma vie : le scoutisme, puis les Focolari, dans le début des années 1980.

Je suis né en 1943 à Nice, que j’ai quitté en 1962 pour entrer dans une école d’ingénieur, à Strasbourg. Avec Madeleine, étudiante en lettres, nous nous sommes rencontrés en 1964, mariés en 1965, avons quitté Strasbourg en 1970 à l’issue de nos études, avec dans la voiture trois adorables petites filles et un petit garçon, nés pendant ces études.

À 37 ans, j’avais le sentiment de vivre heureux, avec Madeleine et nos quatre enfants pleins de vie, une activité professionnelle gratifiante, une participation active à la vie de la paroisse. Ce bonheur pouvait être compris comme la grande foi, un amour partagé, une vie très inspirée par la loi et la prière scoute. Et pourtant… à la maison, il y avait encore trop souvent des incompréhensions réciproques ; au travail, des ambitions qui semblaient mal satisfaites et des relations pas toujours pacifiées ; dans les choix de vie, des questions vis-à-vis de l’utilisation de l’argent, de la recherche de réussite.

> Les Focolari : la rencontre

C’est à l’été 1981 que j’ai entendu parler des Focolari pour la première fois, quand Madeleine, à son retour du Congrès eucharistique à Lourdes, m’a partagé sa rencontre sur un stand librairie (celui de Nouvelle Cité) de personnes au sourire lumineux et à la joie irradiante ; et aussi son émerveillement devant le spectacle du Gen Rosso. Ces jeunes gens de toutes nationalités avaient un secret pour parvenir à une telle harmonie, coordination, jubilation communicative : l’Unité !

Quelques mois après, l’ambiance de la cage d’escalier de notre immeuble change du tout au tout ; les jeunes du troisième, jusqu’ici, bruyants et chahuteurs, se mettent à nous tenir la porte, à porter nos courses. Un jeune couple vient de s’installer au second et a déteint sur l’entourage : c’étaient des Focolari. Ils nous invitent à nous joindre au tout nouveau groupe Parole de Vie. Quelques mois plus tard, nous participons à notre première Mariapolis, à Orsay. Nous avons reçu un accueil que nous n’oublierons jamais. Nous y avons découvert l’heureuse diversité des tranches d’âge, des états de vie, des milieux sociaux et professionnels, des pays d’origine, et même des religions ; la messe quotidienne ; la recherche du beau ; la découverte de Chiara sur grand écran ; et des témoignages, dont celui de ce couple, à qui il arrivait de ne pas se comprendre et de se disputer, jusqu’à ce que l’un des deux prenne sur lui, ce qui change la situation violente en témoignage d’amour réciproque. Et cette fraternité des uns avec les autres, cette ambiance particulière où personne n’essaie de passer devant l’autre. C’est sûr ; il y avait là, un avant-goût de Paradis !

> Au travail, ça change

Rapidement, dans les mois qui suivirent, mon comportement au travail s’est mis à changer. Je suis resté le même sur le plan motivation, recherche d’efficacité, mais j’y ai ajouté la préoccupation de l’autre. Ainsi, lors de l’entretien de fin d’année, mon directeur, qui fonctionnait par la provocation, me communique une augmentation de salaire ridiculement faible ; au lieu de réclamer ou de m’emporter, je lui souris, et je le remercie bien sincèrement pour le plaisir

À 37 ans, j’avais le sentiment de vivre heureux… et pourtant…

que j’ai éprouvé dans mon travail de l’année. Interloqué, il reprend la feuille et multiplie par trois l’augmentation. Depuis ce moment-là, il n’a plus jamais été provocateur avec moi.

Un autre exemple, quelques années plus tard : avec un collègue, Jean-Claude, je suis en train de plancher devant le big boss qui se met à me reprocher des dysfonctionnements dont je ne suis pas du tout responsable, et dont, au contraire, Jean-Claude est la cause. Au lieu de me défendre et de le charger, j’encaisse sans rien dire, à son grand étonnement. Jean-Claude m’en a été reconnaissant tout au long des quinze années suivantes de notre vie professionnelle commune.

Rencontrer des membres engagés du Mouvement dans le cadre de leur activité professionnelle est très enrichissant. Je pense notamment à l’étude de l’évolution de la revue Nouvelle Cité à laquelle on m’a demandé de participer en 2009-2010. J’étais alors très familier des méthodes de conduite de projet et de travail en transversal, très efficaces. Mais quel résultat, quand tous les participants ont, en plus, fait passer en premier le souci de l’Unité et le respect de la pensée de l’autre ! Sous la conduite de l’Esprit, à un moment, comme dans un puzzle, tout ce qui me semblait désordre s’est mis en place harmonieusement et à la satisfaction de tous. C’est ainsi que je suis passé de la « culture projet » à la « culture projet sous le regard de Dieu ».

Il est bien connu que donner procure autant de bonheur à celui qui donne qu’à celui qui reçoit ; donc donner au maximum de mon argent et de mon temps était déjà bien gratifiant. Mais j’expérimente maintenant qu’il y a un don encore plus important à faire à l’autre : l’écouter, jusqu’à lui donner raison contre mon avis si c’est la condition pour rester dans l’Unité. Quand j’y arrive, car ce n’est pas toujours facile, cela me rend encore plus heureux. C’est ainsi que j’ai ajouté une culture de la relation à la culture de l’engagement, de l’action et du résultat qui me venait du scoutisme, de mes études et de mes autres formations ou expériences professionnelles.
Il est devenu plus important pour moi de voir dans quelle ambiance relationnelle « cela a été fait », plutôt que de considérer le résultat. Et maintenant, je suis en plus grande sérénité. Ayant fait tout mon possible pour vivre l’instant présent sous le regard de Dieu, même quand tout n’est pas à mon goût totalement satisfaisant, j’ose le
lui remettre, en total abandon.
Henry AILHAUD

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