Continuer à créer de la valeur humaine et économique

La savonnerie Rampal-Latour est en pleine croissance. Aussi bien sur le plan économique que sur celui des valeurs humaines. Ces deux aspects sont inséparables. Son histoire dessine un nouveau type d’entreprise au service de l’Homme. 

Capture d’écran 2015-01-19 à 15.47.15 Irène et Jean-Louis Plot

C’est l’une des deux dernières savonneries de Salon-de-Provence, capitale du savon qui en 1873 n’en comptait pas moins de 14. La savonnerie Rampal-Latour produit entre 5 à 15 000 savons par jour toujours sur le lieu historique de sa naissance en 1907, rue Félix Pyat. Mais elle commence à se sentir à l’étroit. « Quand nous sommes au maximum de notre capacité de production les flux deviennent compliqués à gérer », indique Bruno, le responsable production. Une partie part à l’export qui représente aujourd’hui 1/3 du chiffre d’affaires. 

« L’export s’est bien développé ces dernières années au Japon, en Corée, à Taïwan où vont s’ouvrir prochainement dix nouvelles boutiques », expose Mario, le responsable commercial. Depuis que Jean-Louis Plot et sa femme Irène ont repris la savonnerie artisanale en 2004, l’activité est allée crescendo. « Nous partions sur de bonnes bases car le produit était bon. Mais le commercial et le marketing avaient besoin d’un coup de fouet. Nous avons fait un gros travail de réorganisation, créé la marque Rampal-Latour, lancé de nouveaux parfums et une gamme bio complète certifiée Ecocert. Nous commençons seulement à innover », s’anime l’entrepreneur qui avait depuis longtemps en tête l’idée de reprendre et développer une petite entreprise. En dix ans, ils passent de 5 à 22 salariés. Une nouvelle usine de 2 500 m2 se construit aux abords de Salon. « Nous sommes dans une dynamique de croissance. Cela me pousse à investir sur du long terme, 10 à 15 ans », lance Jean-Louis. Mais ce qui lui fait prendre le risque se situe ailleurs que dans les chiffres, dans la qualité des relations : « Avec une entreprise au même niveau économique et comptable mais avec des problèmes relationnels, je ne l’aurais pas fait. C’est tellement lourd de gérer une entreprise qu’il doit y avoir un sens au-delà de l’économie. Ce sens, nous l’avons trouvé. Nous devons continuer à le déployer. J’ai envie de continuer à créer des emplois, investir, exporter et innover. Je le vois comme une responsabilité à la fois personnelle et collective. »

Comment traverser les crises inévitables ?

Tout cela ne s’est pas fait tout seul. La qualité des relations à l’intérieur de la savonnerie (entre collaborateurs, responsables et dirigeant) comme à l’extérieur (avec les fournisseurs, partenaires, concurrents) est née au cœur même des conflits. Jean-Louis remonte le temps : « Au moment de la reprise, il y avait des problèmes de communication, une équipe divisée. Alors, très vite, j’ai proposé quelques règles : on se dit bonjour, on se parle, on s’écoute. Au bout de deux ans, le climat s’était nettement amélioré. Nous avons même été témoins de petits miracles : des personnes qui ne se parlaient plus se reparlaient. De ces crises, nous avons tiré des règles de bonne conduite :

– quand le ton monte, je demande d’arrêter la discussion, d’aller se promener, prendre un café… histoire de faire baisser la pression ;

– que l’une des deux personnes à l’origine du conflit prenne l’initiative de revenir vers l’autre ;

– qu’un dialogue s’ouvre pour que chacun puisse exprimer les raisons du désaccord, ses sentiments… Toute la culture de l’entreprise s’est forgée sur ces bonnes pratiques. Aujourd’hui, nous vivons un état de grâce où l’équipe est très soudée. »

Se faire confiance en équipe.

Les hommes de la savonnerie ont décidé d’aller plus loin dans la résolution des tensions, plus palpables en période de forte productivité « où la fatigue et le stress sont malgré tout présents », partage Bruno. Jean-Louis a confié à Bruno et Mario d’animer auprès des équipes le projet « Grandir ensemble ». Bruno raconte : « Nous avions carte blanche pour le mener à bien. Nous avons proposé une première réunion à l’usine qui n’a pas donné grand-chose… Les gens étaient surpris de la démarche. On leur a demandé ensuite de réfléchir personnellement à ce qui les embête dans la bonne conduite de leur travail et ce qui peut gêner l’autre. Lors de la deuxième réunion, nous sommes allés à l’étage d’une brasserie de la ville et là, c’est sorti tout seul… ils parlaient de leurs problèmes entre eux… et cherchaient à les résoudre ! Nous n’avions plus qu’à les écouter et prendre note. » « Ce qui m’a frappé, c’est de voir que Bruno et Mario ont tout de suite accepté de relever le défi malgré le fait qu’ils sont débordés. L’enjeu dans ce projet est de faire confiance à la capacité des hommes de l’entreprise à poser un diagnostic et à évoquer ensemble des solutions à leurs problèmes », ajoute Jean-Louis. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de « libération de l’énergie de l’entreprise » avec ce désir exprimé par la direction d’être moins dans le commandement et le contrôle. La réussite du projet « Grandir ensemble » est sans doute liée à la présence d’un terrain déjà labouré. En effet, tout un travail a été mené autour des valeurs de la savonnerie. Accompagnés par une consultante, tous  les collaborateurs ont réfléchi à ces valeurs dont cinq sont ressorties : l’authenticité, la relation, le respect, la qualité, la tradition. Avec un slogan : « Être simple, bon et vrai ». « C’était incroyable de voir la convergence de tous les employés, clients, partenaires vers cette idée forte de la relation-unité que nous pouvons définir comme l’entraide, l’esprit familial, le respect. La valeur de la relation va jusqu’au client final à travers le savon », complète le dirigeant.

Capture d’écran 2015-01-19 à 15.42.05

Une place au pauvre.

Habité depuis très jeune par la question de l’inégale répartition des richesses dans le monde et révolté par le scandale de la pauvreté, Jean-Louis Plot précise son engagement dans l’Économie de Communion : « Lorsque nous avons commencé à faire des bénéfices, j’ai informé les salariés qu’une partie serait donnée aux plus pauvres. À ce moment-là, un des artisans savonniers a répondu : “et moi aussi je suis pauvre !” Comment pouvais- je répondre à cette personne ? Il manquait quelque chose… Nous avons alors eu l’idée de réserver un poste de la savonnerie (en CDD) à une personne en difficulté. Les conditions pour y accéder : arriver à l’heure, respecter quelques règles d’hygiène et accepter l’autorité. À chaque fois nous avons vu la personne à ce poste se redresser petit à petit grâce au travail. N’est-ce pas un enrichissement réciproque ?

« Il faut savoir aussi qu’une entreprise d’ÉdeC se différencie d’autres entreprises qui ont le souci du bien-être de leurs salariés mais dans une visée utilitariste avec le raisonnement suivant : si les employés sont bien dans leur travail, ils produiront plus et mieux. Dans l’ÉdeC, on choisit d’abord de mettre l’homme au centre. Et le reste suit ! Nous en sommes la preuve ! Enfin, ce qui nous différencie de l’économie sociale et solidaire qui a une très forte vision anthropologique, c’est notre dimension spirituelle. Dans cette culture du don, c’est l’unité et l’Amour qui circulent au cœur même de l’entreprise », dévoile Jean-Louis Plot. Une dimension essentielle que les Plot approfondissent au cours de formations, de rencontres internationales, nationales et locales.

Émilie TÉVANÉ

2 Commentaires sur “Continuer à créer de la valeur humaine et économique

  1. Pingback: Témoignage dans Nouvelle Cité :: Economie de Communion

  2. FIGUET says:

    Oui le bonheur au travail est possible ! Oui une activité rentable est possible en partageant !

    Merci. Le monde de l’entreprise n’est pas géré que par des patrons despotes…

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